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Philippe Descola : Les formes du visible
Courant décembre, Elise Patole Edoumba Conservatrice en chef du patrimoine et Directrice des Musées de La Rochelle avait offert au public Histoire de l’Art une conférence sur « les formes du visible de Philippe Descola », figure incontournable de l’anthropologie et de la pensée écologique.
Dans le cadre d’un cycle de conférences sur la « Mimésis – la représentation du réel dans l’art » – nous avions souhaité que soit présentée la conception de Philippe Descola qui reconnait quatre modes d’identification existant parmi les sociétés humaines : l’animisme, le naturalisme, le totémisme et l’analogisme.
Pour l’animisme, répandu en Amazonie, les humains ont la même intériorité que les « autres non humains » (animaux, plantes, objets inanimés), bien que leurs corps soient différents. Ce sont des partenaires sociaux, des entités avec lesquelles on communique notamment dans les rêves.
Pour le « naturalisme », dominant dans l’occident moderne, seuls les humains ont une identité réflexive. Nature et société sont donc séparés sur ce plan, mais répondent aux mêmes règles physiques (étudiées par les sciences). La nature est un monde extérieur à l’humanité, voire à l’homme occidental.
Ces différences cosmologiques se traduisent dans leurs modes de figuration, de représentation du réel. On peut les déceler dans les images que ces collectivités ont produites et c’est la démonstration à laquelle se livre Philippe Descola dans son magistral « Les formes du visible, une anthropologie de la figuration ».
Pour Descola le modèle occidental du naturalisme n’est qu’une formule parmi d’autres dont nous n’avons pas conscience tellement elle nous paraît normale. Ce modèle pourrait nous conduire à envisager la figuration comme une opération étroitement mimétique.
Or si « la figuration n’est pas une imitation du réel, une reproduction du visible », « la figuration n’est pas tout entière livrée à la fantaisie expressive de ceux qui font des images, on ne figure et on ne perçoit ou imagine, et l’on n’imagine et ne perçoit que ce que l’habitude nous a habitués à discerner selon notre appartenance à tel ou tel mode ».
Elise Patole Edoumba nous a guidés la semaine suivante dans les collections du Muséum où elle a eu matière à illustrer la façon dont l’Histoire Naturelle s’est employée à classer nature et humanité selon leurs seules caractéristiques physiques ou physiologiques, leurs formes extérieures, qu’il s’agisse de la classification des animaux de Carl von Linné dans son « Système de la nature », du Darwinisme social ou de la phrénologie.

Les collections ethnographiques nous ont donné l’occasion de découvrir des objets issus d’autres modes de figuration, tels que l’animisme, où l’on prête une intériorité aux artefacts.

Le lien ci-joint vous permettra d’accéder à une présentation des thèses de Philippe Descola rédigé par une jeune doctorante rochelaise, Eléonore Sas, qui nous a aimablement autorisé à le diffuser.
Bonne lecture,




