Conférences
Musique, cérémonial et dévotions royales au Grand Siècle : le son de la Majesté
Après les troubles religieux qui ensanglantèrent la France à la fin de la Renaissance, les trois premiers rois Bourbons – Henri IV, Louis XIII et surtout Louis XIV – s’attachèrent à réaffirmer l’autorité monarchique et à asseoir la légitimité de la nouvelle dynastie, par la mise en place de nouveaux rituels et de nouvelles formes de la « publicité » de la vie du souverain. Cette reconquête s’appuyait essentiellement sur la réaffirmation des principes de l’église gallicane qui, tout en reconnaissant l’autorité spirituelle du pape, revendiquait une certaine autonomie. Par l’onction du sacre, le roi de France lui-même détenait son pouvoir de Dieu même, et ne reconnaissait au pape qu’une autorité morale sur la catholicité. Les dévotions publiques, tant à l’ordinaire qu’à l’extraordinaire, des trois premiers Bourbons sont le reflet de cette dichotomie. Tout au long du XVIIe siècle, les trois premiers Bourbons veillèrent ainsi eux-mêmes à la construction d’une liturgie susceptible d’exprimer pleinement cette autorité du monarque, mais aussi de souligner et affirmer un respect sincère envers Rome. La manière selon laquelle s’est construite cette liturgie royale illustre pleinement cette nécessité, d’une nouvelle marque de la majesté, capable de représenter avec magnificence mais aussi avec ferveur la religion du souverain, qui devait incarner aux yeux des courtisans et de l’ensemble de ses sujets cette autorité à la fois temporelle et spirituelle.
Qui dit nouvelle liturgie dit musique spécifique. Mêlant des éléments issus des traditions post-tridentines (symbolisant en quelque sorte l’immuabilité, la dignité de l’Église et la fidélité envers Rome) et des langages plus modernes (par lesquels pourraient s’exprimer l’autorité temporelle du souverain), les motets chantés par la Musique du roi lors des grandes cérémonies religieuses d’apparat comme durant la messe quotidienne du souverain en constituent autant de reflets sonores de cette démarche.
Cette présentation s’attachera ainsi à montrer les modalités de cette construction complexe, les différents paramètres qui ont permis cette nouvelle expression de la religion du prince, et comment la musique constitue un véritable prolongement sonore de cette liturgie royale.
Thomas Leconte est chercheur au sein du pôle Recherche du Centre de musique baroque de Versailles (C.E.S.R., U.M.R. 7323 du C.N.R.S.) où il est responsable éditorial des éditions critiques. Ses travaux de recherche se concentrent essentiellement sur l’étude historique, musicale et l’interprétation (performance practice) des musiques de société de la première moitié du XVIIe siècle français (air de cour, ballet de cour, musique instrumentale, musique spirituelle en français), ainsi que sur la genèse du premier grand motet louis-quatorzien (1643-1682). Il a notamment publié Les Fées des forêts de Saint-Germain, 1625 : un ballet royal de « boufonnesque humeur » (Turnhout, Brepols 2012).
Image d’illustration : Chapelle royale de Versailles


